Sujet publié le 31 août 2021 à 11h52
Bloc Bourgeois
 

Je retranscris ici l’analyse en terme de "bloc Bourgeois » du paysage politique français, issu des travaux de Stefano Palombarini.

 

Il me paraît indispensable de comprendre ce qui s’est joué en 2017, ce qui se joue encore, afin de constituer une force d'opposition (un bloc social face au bloc bourgeois).

 

Pendant très longtemps, nous avons eu affaire à 2 blocs sociaux, la droite et la gauche.

 

Ces 2 blocs étaient le fruit d’alliance inter-classes, constituées de classes populaires, de classes dite moyennes et de classes bourgeoises).

 

A gauche, principalement le PS: les salariés, les professions intellectuelles et culturelles, les cadres de la fonction publique...

 

A droite, le RPR/UMP: les travailleurs indépendants, les artisans, les agriculteurs, les cadres du privé, les professions libérales…

 

Ces 2 alliances sont rentrées en crise.

 

A gauche, on était contre le neo-libéralisme, mais pour la construction de l’union européenne.

 

Ces 2 thèmes étant liés, (l’UE ne proposant pas autre chose que le néo-libéralisme), la gauche s’est fracturée.

 

D’un coté, les classes supérieures s’accommodent finalement du néo-libéralisme. De l’autre les classes populaires se retrouvant contre cette Europe (referendum de 2005).

 

(Cette gauche néolibérale, ce n’est pas nouveau, Delors avait déjà essayé dans les années 90. Elle surfait déjà sur ces thèmes: la France a du retard, le capitalisme à la française, il faut un acte fort de l’état pour porter la logique marchande dans l’ensemble de la société. La gauche n’est alors pas encore prête, Delors renonce à la présidentielle.)

 

A droite, la rupture se fait sur d’autres thèmes. Dans les années 80, les modèles c’est Thatcher et Reagan. Il y a une demande forte de rupture neolibérale en contradiction avec la tradition Gaullienne d'un état fort. Les artisans, commerçants veulent payer moins d’impôts, même s’il faut renoncer à des services publics. Ils veulent plus de liberté, de flexibilité.

 

L’espace qui s’ouvre n’est pas une alliance centrale (entre la droite et la gauche), mais le regroupement des deux composantes bourgeoises des anciens blocs.

 

C’est le projet de Delors, puis de Bayrou. Ce n’est ni de droite ni de gauche, mais ce n’est certainement pas au centre. Ce projet prend de la force et est mature à l’arrivée de Macron en 2017.

 

Ce bloc bourgeois reste minoritaire (16% des inscrits à la présidentielle), mais permet à Macron de l’emporter sur l’émiettement des anciens blocs de droite et de gauche.

 

Macron gagne avec un projet explicite de réformes néolibérales. En 2017, il garde un coté progressiste, «sociétal», il ne promet pas de s’assoir sur les libertés individuelles, il n’annonce pas la dérive liberticide de 2021, mais finalement, aujourd’hui, les bourgeois de l’ex bloc de gauche s’en accommodent très bien.

 

(On peut alors observer que la bourgeoisie de gauche est définitivement perdue pour la gauche si on imaginait la re-formation des 2 anciens blocs.)

 

La logique voudrait que contre le bloc bourgeois, on ait la construction d’un bloc populaire.

 

Le bloc bourgeois est minoritaire mais compact.

 

Les classes populaires sont, elles, largement majoritaires, mais très hétérogènes.

 

C’est pourquoi Macron a gagné, et est toujours en tête des sondages.

 

Le neo-libéralisme est une machine qui produit de l’appauvrissement, la désertification des territoires, la disparition des services publics, de l’exclusion sociale, de la concentration des richesses, etc.

 

On pourrait penser qui’l va s’autodétruire. Mais en même temps, il produit de l’individualisme très fort (y compris chez les dominés), de la rupture du lien social.

 

Même si le neolibéralisme concentre les avantages sur une partie de plus en plus petite de la population, la majorité sacrifiée n’est pas prête à un projet alternatif.

 

Les expériences néolibérales ouvrent une autoroute à l’extrême droite puisqu’il s’agit alors de trouver des boucs émissaires.

 

Clinton/Oabama —> Trump

 

Renzi —> Ligue puis mouvements néofascistes

 

Tout l’enjeu est donc de créer un bloc social, une union populaire.

 

C’est là que çà se complique car les intérêts des classes populaires ne vont pas tous dans la même direction (certains veulent moins d’impôts, plus de flexibilité du travail, d’autres plus de protection sociale...)

 

Par exemple, les étudiants font des petits boulots (uberisation) et sont content de pouvoir le faire pour payer leur loyer. Ils sont dans la relation salariale néolibérale et en redemande.

 

C’est la question de l'hégémonie.

 

Nous vivons dans un monde néolibéral (loyer cher, pas de politique du logement étudiant), ce qui façonne les attentes dans cette direction là.

 

Il faut livrer une bataille hégémonique pour proposer une autre manière de voir les choses. C’est toute la difficulté, mais c’est un combat à mener.

 

De même, les classes dites moyennes adhèrent à ce bloc bourgeois alors qu’elles ne profiteront pas de promotion sociale. Pour une grande partie, ce sera une régression.

 

Ils faut donc qu’elles prennent conscience de leur appartenance à la classe prolétaires (ceux qui ne sont pas propriétaires des moyens de production).

 

La dernière phrase du manifeste du parti communiste n’a jamais été autant d’actualité: « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

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