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Équipe Politizr Le Grand Débat National Retraite Pouvoir d'achat des retraites
Sujet publié le 21 janvier 2019 à 10h00
Pouvoir d'achat des retraites
 

Hausse de la CSG sur les retraites.

 

Je veux parler de la colère des retraités depuis l’arrivée de ce gouvernement, en évoquant seulement quatre points :

 

• Les promesses mensongères de Macron sur le pouvoir d’achat des retraités ;

 

• La dégradation des revenus des retraités depuis plusieurs années, notamment par la hausse de la CSG, mais pas seulement.

 

• Les cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux entreprises.

 

• La suppression de la Taxe d’Habitation censée compenser la hausse de la CSG pour les retraités pénalisés.

 

• Pour finir quelques pistes de réflexions sur ces sujets.

 

Les mensonges de Macron sur le pouvoir d’achat des retraites.

 

C'était pourtant l'un des engagements phares de Macron pendant la campagne de 2017 : maintenir le pouvoir d’achat des retraites. Force est de constater que cet engagement était un honteux mensonge, car la promesse, martelée par le candidat d'En Marche! à la présidentielle, de maintenir le pouvoir d'achat des retraités n’a pas été tenue bien au contraire. Le fameux leitmotiv présidentiel « je fais ce que je dis » est donc devenu un renoncement, un mensonge de plus.

 

Puis-je rappeler les propos de l'ancien ministre de l'Économie lorsqu’il affirmait en mars 2017 sur France 2 au sujet des retraités qu' « il n'y aura pas de perte de pouvoir d'achat » s'il était élu. « Le niveau de vie des retraités, on doit le préserver » annonçait-il même dans un clip de campagne vantant les mérites de son projet de réforme des retraites.

 

Lors du débat organisé par TF1 en mars 2017, E. Macron reprochait même à F. Fillon (LR) de vouloir « faire des économies sur le dos des retraités » dans son projet présidentiel.

 

Pourtant un an et demi plus tard, il fait peser le prix de la rigueur budgétaire sur le dos des retraités, après avoir fait des cadeaux fiscaux de 5 milliards d’euros aux plus riches avec la transformation de l’ISF et de la Flat Tax. Quitte à être accusé de mener une politique pour les Français les plus riches, l’exécutif assume son choix, un pari économique qui peut très vite se transformer, faute de réussite, en boulet politique pour la suite du quinquennat.

 

Et croyez moi, les retraités n’ont que faire des remerciements hypocrites de Macron, de son gouvernement et des élus de sa majorité parlementaire à l’égard des retraités. Ces derniers attendent les prochaines échéances électorales pour leur faire savoir.

 

Une question importante : quelle perte réelle du pouvoir d’achat des retraites ?

 

Depuis le gel des pensions de retraite en 2014, les retraités ont perdu 5,85 % de pouvoir d’achat (perte liée à l’inflation supérieure à la hausse des pensions, perte liées au report des dates de revalorisation en cours d’année, perte due la hausse de la CSG. De plus, la décision du gouvernement de limiter à 0,3% la hausse des pensions de retraite, en 2019 et 2020, va entraîner une perte de pouvoir d’achat d’au moins 1,5% chaque année, soit une perte d’au minimum 8,20% depuis 2017, année de l’élection de Macron à la tête du pays. Et de 8,90% depuis 2014.

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Depuis le mois de janvier 2018, je suis soumis comme tous les retraités du régime général à un taux de CSG augmenté de 1,7 %. En réalité cette ponction s'élève à 1,84% prélevé sur mon revenu net de décembre 2017.

 

Ce nouveau prélèvement, accompagné de nombreuses augmentations de charges diverses et de nouvelles taxes, est déjà en lui-même inégalitaire. Surtout quand il s'agit de le justifier pour augmenter les salaires des actifs, qui pour certains, ont des revenus beaucoup plus importants que les retraités ponctionnés par la hausse de la CGS.

 

J’ajoute que ce n’est pas aux retraités de payer les augmentations de salaire des actifs, mais à leurs entreprises qui par ailleurs bénéficient de 100 Milliards d’Euros cumulés de réduction de charges sociales grâce au CICE. J’y reviendrai plus loin dans mon propos.

 

Je pense qu’il est indécent de faire contribuer les retraités percevant une pensions de 1200 € (dont le seuil est remonté récemment grace aux mouvements des Gilets Jaunes, à environ 2000 € selon la composition de la famille), pour justifier le plancher de cette nouvelle charge, alors que le salaire moyen en France est de 2290 € selon l'INSEE.

 

Pour exemple, la pension moyenne d’un retraité français était, en 2015, de 1 376 € bruts, soit 1 283 € nets. Ce montant provient d’une enquête très complète publiée en mai dernier par le service statistique du ministère des solidarités et de la santé, la Drees. Cette dernière estime aussi, à partir d’une analyse des pensions des retraités nés depuis 1946, qu’un peu plus d’un quart d’entre eux touchent moins de 800 euros de pension, et 44 % moins de 1 200 euros !

 

Nous sommes ici très loin de l’opulence qui justifierait selon le gouvernement de taxer les retraités, pour aider les générations suivantes, à défaut d’avoir une politique fiscale équivalente sur les catégories de contribuables les plus aisées.

 

La transformation de L’ISF.

 

Le gouvernement a supprimé l’impôt sur la fortune (ISF) pour le remplacer par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). Pour le justifier, Jean Pisani-Ferry, principal conseiller économique d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, a expliqué sur Europe 1 que l’ISF n’avait qu’une « apparence redistributrice ».

 

Cette affirmation est étonnante puisque l’ISF n’était payé que par des ménages ayant un patrimoine net d’au moins 1,3 million d’euros et que l’IFI, dont le poids est estimé à 850 millions d’euros en 2018, sera forcément moins redistributif que l’ISF, et qui rapportait près de 4 milliards d’euros.

 

Quel usage du CICE dans les entreprises ?

 

Le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi, est aussi inefficace que proportionnel à son coût faramineux, si l’on en croit le rapport de 2017 du comité de suivi du CICE. C’est Macron lui même qui a soufflé cette idée à Hollande quand il était encore secrétaire général adjoint de l’Elysée. C’est encore lui qui a décidé de le convertir en baisse pérenne des cotisations patronales à compter de 2019. Pourtant cinq ans après la mise en œuvre du CICE, le bilan est maigre côté résultats, mais affolant en revanche au regard des sommes distribuées.

 

Selon ce rapport, les montants connus à ce jour des créances fiscales accumulées sur les salaires depuis 2013 par les entreprises shootées aux exonérations et allègements de charges, atteint déjà plus de 62 milliards d’euros. L’impact du CICE se traduira bien après son extinction, puisqu’il pèsera encore pour 19,6 milliards d’euros en 2020.

 

Il aura donc coûté au total 99,3 milliards d’euros, à cette date.

 

Près de 100 milliards d’Euros en 6 ans ! Et pour quel résultats ?

 

En tout cas pas sur l’emploi vu le niveau du chômage qui repart à la hausse.

 

Pourtant on aurait pû penser que les entreprises auraient partager plus équitablement les bénéfices des allègements de charges sociales avec leurs salariés. Mais j’observe que la France est devenue la championne du monde des dividendes versés aux actionnaires. En 2017, les entreprises françaises ont distribué 34,5 milliards d'euros à leurs actionnaires, contre 29 milliards en Allemagne et 27,6 milliards au Royaume-Uni, comme l’indique le Henderson Global Dividend Index, qui mesure l'évolution des dividendes dans le monde. Pour 2018 on parle de 57 milliards d'euros.

 

La suppression de la taxe d’habitation pour compenser la perte de pouvoir d’achat des retraités pénalisés par la hausse de la CSG ?

 

Je ne pense pas non plus que la suppression de la taxe d'habitation, par ailleurs étalée sur 3 ans, rattrapera le manque à gagner pour les retraités pénalisés.

 

Mais surtout, si cette taxe d'habitation est injuste, comme le répète à l’envie le Président Macron, elle est injuste pour tous et doit donc être supprimée pour tous. Ce qui n'est pas prévu aujourd'hui par le plafond d'exonération. Et je fais confiance à ce gouvernement pour la remplacer par d’autres taxes. Le président Macron avait d’ailleurs donné la solution devant l’association des maires de France en 2017 en affirmant aux élus      « qu’ils garderont leur liberté de faire évoluer le taux de la taxe d’habitation et donc son produit d’ici à 2020 ». Ce que certains maires se sont empressés de faire dés 2018.

 

Vous comprendrez donc que les retraités en ont “ras le bol” d’être pris pour cible par ce gouvernement et sa majorité parlementaire. Ils ont déjà largement participé à l’effort national de redressement des comptes publics depuis 2014.

 

Les catégories de contribuables les plus riches ne peuvent pas en dire autant, bien au contraire.

 

Quelques axes de réflexions sur ces sujets.

 

• Rétablir l’ISF ou a minima créer une tranche supplémentaire d’impôt sur les hauts revenus.

 

• Supprimer la hausse de la CSG sur les retraites ou à minima supprimer la cotisation maladie sur les retraites complémentaires du privé.

 

• Si l’on accepte le principe du CICE, il faut aussi augmenter les bas salaires pour un meilleur partage des bénéfices de cette disposition dans les entreprises.

 

• Le CICE pose la question du financement de notre système social qui coûte cher certes, mais qui est efficace notamment dans les périodes de crises économiques. La suppression des cotisations sociales salariales pose le même problème. Le principe de leur compensation pleine et entière par l’impôt doit être inscrit dans la constitution. Sinon notre système social est mort.

 

• Pour que la représentation nationale soit respectée elle doit montrer l’exemple. C’est pourquoi je pense qu’il faudrait conserver voir augmenter le nombre d’élus pour une meilleure représentativité des territoires, mais baisser tous leurs revenus et avantages de 40 à 50 %. Idem pour les ministres et les membres des cabinets ministériels. Idem pour les élus dans les régions, les départements et les métropoles.

 

• Les gains ainsi réalisés sur les finances publiques pourraient revenir aux communes, car elles sont le socle de la solidarité, de la cohésion du pays, et de la confiance dans nos institutions, comme le montre le 10e baromètre annuel de la confiance du Centre d'étude de la vie politique (Cevipof), publié le 10 janvier 2019.

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